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Les témoignages de n'être

Témoignage : Accompagner un enfant dans la mort

Catherine, en réponse à Séverine : accompagner un enfant dans la mort



Séverine,

Je souhaitais partager votre témoignage en tant que maman; une maman en deuil mais quand même une maman, même si ma petite fille est aujourd'hui un petit ange.

Je comprends trop votre détresse, votre souffrance, votre colère parfois pour la vivre au quotidien depuis que ma petite fille nous a quitté il y aura bientôt trois mois.

A sept mois et demis, 1,540 kg, elle était si jolie, petite mais bien proportionnée, une vraie petite poupée et j'étais heureuse, triste d'avoir accouché prématurément mais heureuse qu'elle soit en bonne santé et si vive !

Les heures qui ont suivi ont été les pires de ma vie : hémorragie du cordon, hémorragie cérébrale dues à un défaut de coagulation : une maladie génétique très rare qui a plongé notre petite fille dans une sorte de coma et qui, 9 jours plus tard nous a conduit à lui dire au revoir.

Alors au bonheur de donner la vie, le drame, le cauchemar de la mort, de la séparation, quand on ne vit qu'au rythme des machines, des mots trop violents des médecins, ces mots qu'on s'évertue à interpréter, à extrapoler.

Nous imaginions guider notre enfant durant toute sa vie, nous l'avons accompagné dans la mort.
Au début, c'est le choc, on ne réalise pas et puis, c'est comme un tourbillon qui nous prend, qu'on subit parce qu'elle est vivante et qu'elle se bat si fort qu'on ne peut pas se résigner, on n'a pas le droit de baisser les bras et elle a besoin de notre force, de sentir qu'on est avec elle et qu'on se bat avec elle.

Et puis, le verdict tombe : les lésions cérébrales sont trop importantes pour qu'elle se réveille un jour.
On est assommé, pétrifié, confronté à la mort d'un enfant à qui on vient de donner la vie : c'est trop injuste !

On ne comprend pas.

Et puis, il y a l'enterrement, le congé maternité qu'il vaut mieux écourter, les autres bébés (on ne voit plus qu'eux, on a l'impression qu'il n'y en a jamais eu autant), les autres femmes enceintes qui elles, auront leur bébé, le vide, la solitude parce que malgré la compassion, l'affecfion de l'entourage, personne ne peut nous consoler, comprendre, nous apaiser et nous demeurons très seuls face à l'inacceptable.

Alors on décore une tombe parce qu'on ne peut pas décorer sa chambre et c'est la seule chose qu'il nous reste de notre rôle de parents parce qu'on demeure des parents de la vie à la mort même si cette étape n'aura durée que 9 jours.

Et puis, il y a les diagnostics médicaux, génétiques, et les risques que cette maladie se représente un jour, le sentiment de désespoir qui nous habite, quand une bonne nouvelle fait face à une incertitude, même chez les plus grands spécialistes.

Mais notre fille nous habite en permanence, elle est tellement présente en nous, tellement vivante dans nos cœurs que parfois la douleur est insupportable.

Je connais le baby blues mais celui que j'ai traversé ne connait pas d'apaisement : c'est celui du manque physique de son bébé, de ne pas pouvoir le toucher, l'embrasser, le renifler, toutes ces choses qu'on ne verra pas, qu'on ne fera pas, toutes ces dates gravées d'événements passés ou à venir que nous avions envisagé avec notre fille et qu'on nous a volé!

Mais malgré les larmes, les visites régulières au cimetière, les prises de sang, nous continuons à nous battre de toutes nos forces pour l'amour de notre petite fille.

Nous sommes suivis par une psychologue du service de néonatolagie de l'hopital de notre ville et je vous encourage vivement à demander vous aussi de l'aide si vous ne l'avez pas fait.

Aujourd'hui, nous pleurons toujours notre fille (à 30 ans, c'était notre 1er bébé et nous l'aimions déjà tellement!) mais nous sommes décidés à continuer, à lui donner un petit frère ou une petite soeur malgré les risques et les angoisses à venir parce que nous ne voulons pas qu'elle se soit battue pour rien et nous avons besoin de redonner un sens à notre vie qui, pour moi, n'en a plus.

Je vous souhaite beaucoup de courage pour tous les moments difficiles car je sais que le plus dur pour une maman, c'est de survivre à son enfant et que le temps ne fait parfois qu'exacerber le manque.

Bonne chance pour la suite : ce que je vous souhaite : d'être à nouveau et rapidement maman et de tenir dans vos bras un enfant qui ne remplacera jamais celui que vous avez perdu mais qui vous apportera du bonheur tout au long de votre vie.

Catherine

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