Séverine,
Je souhaitais partager votre témoignage en tant que maman; une maman en deuil
mais quand même une maman, même si ma petite fille est aujourd'hui un petit ange.
Je comprends trop votre détresse, votre souffrance, votre colère parfois
pour la vivre au quotidien depuis que ma petite fille nous a quitté il y aura
bientôt trois mois.
A sept mois et demis, 1,540 kg, elle était si jolie, petite
mais bien proportionnée, une vraie petite poupée et j'étais heureuse, triste d'avoir
accouché prématurément mais heureuse qu'elle soit en bonne santé et si vive!
Les heures qui ont suivi ont été les pires de ma vie : hémorragie du cordon, hémorragie
cérébrale dues à un défaut de coagulation : une maladie génétique très rare qui
a plongé notre petite fille dans une sorte de coma et qui, 9 jours plus tard nous
a conduit à lui dire aurevoir.
Alors au bonheur de donner la vie, le drame,
le cauchemar de la mort, de la séparation, quand on ne vit qu'au rythme des machines,
des mots trop violents des médecins, ces mots qu'on s'évertue à interpréter, à
extrapoler.
Nous imaginions guider notre enfant durant toute sa vie,
nous l'avons accompagné dans la mort.
Au début, c'est le choc, on ne réalise
pas et puis, c'est comme un tourbillon qui nous prend, qu'on subit parce qu'elle
est vivante et qu'elle se bat si fort qu'on ne peut pas se résigner, on n'a pas
le droit de baisser les bras et elle a besoin de notre force, de sentir qu'on
est avec elle et qu'on se bat avec elle.
Et puis, le verdict tombe : les
lésions cérébrales sont trop importantes pour qu'elle se réveille un jour.
On est assommé, pétrifié, confronté à la mort d'un enfant à qui on vient de donner
la vie : c'est trop injuste!
On ne comprend pas.
Et puis, il y a l'enterrement,
le congé maternité qu'il vaut mieux écourter, les autres bébés (on ne voit plus
qu'eux, on a l'impression qu'il n'y en a jamais eu autant), les autres femmes
enceintes qui elles, auront leur bébé, le vide, la solitude parce que malgré la
compassion, l'affecfion de l'entourage, personne ne peut nous consoler, comprendre,
nous apaiser et nous demeurons très seuls face à l'inacceptable.
Alors
on décore une tombe parce qu'on ne peut pas décorer sa chambre et c'est la seule
chose qu'il nous reste de notre rôle de parents parce qu'on demeure des parents
de la vie à la mort même si cette étape n'aura durée que 9 jours.
Et puis,
il y a les diagnostics médicaux, génétiques, et les risques que cette maladie
se représente un jour, le sentiment de désespoir qui nous habite, quand une bonne
nouvelle fait face à une incertitude, même chez les plus grands spécialistes.
Mais notre fille nous habite en permanence, elle est tellement présente en nous,
tellement vivante dans nos coeurs que parfois la douleur est insupportable.
Je connais le baby blues mais celui que j'ai traversé ne connait pas d'apaisement
: c'est celui du manque physique de son bébé, de ne pas pouvoir le toucher, l'embrasser,
le renifler, toutes ces choses qu'on ne verra pas, qu'on ne fera pas, toutes ces
dates gravées d'événements passés ou à venir que nous avions envisagé avec notre
fille et qu'on nous a volé!
Mais malgré les larmes, les visites régulières
au cimetière, les prises de sang, nous continuons à nous battre de toutes nos
forces pour l'amour de notre petite fille.
Nous sommes suivis par une psychologue
du service de néonatolagie de l'hopital de notre ville et je vous encourage vivement
à demander vous aussi de l'aide si vous ne l'avez pas fait.
Aujourd'hui,
nous pleurons toujours notre fille (à 30 ans, c'était notre 1er bébé et nous l'aimions
déjà tellement!) mais nous sommes décidés à continuer, à lui donner un petit frère
ou une petite soeur malgré les risques et les angoisses à venir parce que nous
ne voulons pas qu'elle se soit battue pour rien et nous avons besoin de redonner
un sens à notre vie qui, pour moi, n'en a plus.
Je vous souhaite beaucoup
de courage pour tous les moments difficiles car je sais que le plus dur pour une
maman, c'est de survivre à son enfant et que le temps ne fait parfois qu'exacerber
le manque.
Bonne chance pour la suite : ce que je vous souhaite : d'être
à nouveau et rapidement maman et de tenir dans vos bras un enfant qui ne remplacera
jamais celui que vous avez perdu mais qui vous apportera du bonheur tout au long
de votre vie.
Catherine |
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