J'ai
perdu mon fils Emilien dans un accident de voiture...
Le 22/10/2006, vers
20h30, alors que je me trouvais dans mon véhicule avec mon épouse, enceinte de
mon unique fils, depuis 6 mois (27 semaines et deux jours...), j'ai percuté un
véhicule qui a quitté sa route.
Se trouvait à l'arrière, son fils âgé de 14
ans.
Nous circulions à 80 km/h sur cette Nationale 17 qui sépare ARRAS de
BAPAUME...
Je venais de déposer ma fille chez sa mère, et nous regagnions
notre demeure, tout en parlant du jeudi noir, celui de wall-street, le 21 octobre...
Je n'ai rien pu faire, j'ai juste constaté que le véhicule qui me venait d'en
face sortait de sa route, il devait rouler à la même vitesse que moi, il pleuvait,
et il faisait noir...
Le fils de mon épouse, tout comme elle, m'ont relaté
qu'avant l'impacte, j'aurais déclaré : "Put*** qu'est-ce qu'il me fait celui-là
?..." Le choc a été violent...
Après un vacarme terrible, le silence et le
noir total...
La seule image qui me venait était celle du véhicule que je venais
de percuter et que mes phares éclairaient...
Je suis sorti du véhicule, et
je n'ai pas de suite réalisé que les occupants n'avaient pas eu la même chance
que moi.
Le fils de ma femme se plaignait de la hanche, mon épouse de son
ventre...
Après ce silence, l'inquiétude de mon épouse qui n'avait de cesse
de réclamer à ce que son bébé bouge. Elle me regardait, se tenant le ventre, assise
dans le véhicule, en me déclarant :"Il ne bouge plus..."
Pour ma part, je
tentais de protéger les lieux, d'autres véhicules arrivaient, les secours furent
appellés.
Le SMUR prodigue les soins sur ma femme qui se trouve dans le VSAB.
Le médecin s'est voulu rassurant, en me certifiant que le bébé bougeait...
Puis, ce fut l'attente, il fallait que le médecin décide du lieu de transport
de mon épouse et de son fils... La décision fut prise pour le CH de CAMBRAI, où
étant, j'ai assisté mon épouse, pour la soutenir, mais aussi pour savoir si mes
prières avaient été reçues.
La médecin du service maternité a été avisée,
l'échographie nous a permis d'entendre son coeur...
Il battait, mais faiblement,
peut-être 80 pulsations par minutes, un pouls bien insuffisant...Mais il battait.
Elle semblait gênée, et embarrassée par notre cas, elle pestait après le médecin
qui avait ordonné que mon épouse soit amenée dans son service, en déclarant que
cela aurait été mieux d'aller au C.H ARRAS...
Là, on vous fait déjà comprendre
que votre bébé, se meurt peu à peu dans le ventre de sa mère...
Le choc a
été violent, vous explique-t-on. Le bébé ne l'a pas supporté...
Puis, on vous
annonce que votre épouse va être amenée à ARRAS... J'ai suivi l'ambulance, nous
étions attendu là-bas...
Sur, place, vers 01h30, le 23/10/2006, soit près
de 5 heures après le choc, j'ai assisté à une nouvelle échographie, et là, c'est
le verdict qui tombe... Pas d'échos... "Madame, votre bébé est mort...Il n'a pas
supporté le choc..."
Ce ventre arrondi, destiné à donner la vie, sert maintenant
de tombeau...
Nous avons été dirigés dans une chambre de la maternité d'ARRAS,
le fils de mon épouse, quant à lui, il est resté en hospitalisation à CAMBRAI...
Là, nous avons pleuré, pleuré et pleuré... Nous ne sommes pas parvenus à nous
endromir, pour ma part, je veillais mon fils...
Mon épouse, en secret, espérait
qu'il allait bouger à nouveau...Sa main se posait de temps à autres sur son ventre...
Puis, le personnel médical vous prend en charge, vos amis, avisés, vous soutiennent
du mieux qu'ils le peuvent, en effet, il n'y a aucun mot qui vous soulage...
Vous
n'avez plus faim, plus froid, plus sommeil...Vous êtes en deuil...Mais vous ne
le comprenez que bien après...
Ma femme pouvait encore fusionner avec notre
fils, car il était encore en elle; toujours avec cet espoir secret...
Nous
avons été sollicités pour faire autopsier notre fils, il nous faut prouver qu'il
est mort des suites de l'accident...Mon épouse le sentait encore bouger peu de
temps avec l'impact.
Puis, le 23/10/2006 à 14h00, mon épouse est partie au
bloc...
Je l'ai accompagné et l'on m'a fait attendre là où les autres Papas
attendaient, mais eux, pour la bonne cause...
J'ai attendu, et j'ai vu ces
Pères qui enfilaient leur charlotte, leur blouse et leurs chaussons pour aller
découvrir leur petit être qui venait de voir le jour... Au bout du troisième,
j'ai préféré retourner dans la chambre...
Puis, on est venu me chercher dans
la chambre, le sommeil avait eu raison de moi, et je m'étais assoupi.
J'ai
eu droit aussi au même déguisement que les autres Papas, mais moi, j'allais voir
la dépouille de mon fils...
Je suis d'abord allé voir mon épouse, en salle
de réveil, elle venait de subir sa troisième césarienne pour que je puisse prendre
dans mes bras, le corps sans vie de mon fils...
Est alors arrivée la sage-femme,
je me souviendrai toujours de sa phrase : "Monsieur, vous avez un beau bébé, 1kg300
!..."
J'ai juré en moi, j'ai souhaité secrètement qu'il ne soit pas beau,
et je ne comprennais pas le sens de sa démarche...
Elle m'a demandé si je
voulais le voir, et bien entendu j'y suis allé.
Je me suis présenté dans cette
petite pièce, où vont tous les nouveaux-nés, mais aussi, tous les nouveaux- morts...
Il était allongé, dans un linge, il semblait dormir paisiblement...
Mes yeux
se sont brouillés, je l'ai pris dans mes bras, et mes larmes tombaient sur son
visage...
Il était magnifique, j'étais ennuyé qu'il soit si beau, maintenant
j'en suis fière... Je lui ai parlé, je lui ai dit combien je l'aimais...
J'ai
constaté qu'il avait les sourcils qui fronçaient, j'en ai déduis qu'il avait souffert
des suites de l'accident... Je lui ai demandé qu'il me pardonne pour celà. Je
savais que sa mère aurait eu du mal à le voir, aussi je lui ai dit combien elle
s'était bien occupée de lui, et qu'elle était très précautionneuse avec beaucoup
d'attention à son égard....
Puis, j'ai relevé la tête, et j'ai vu que la sage-femme
qui m'accompagnait était en sanglots, je l'avais totalement occulté...
Mais
ses larmes m'ont soulagé.
Ensuite, je suis retourné dans la chambre, j'y ai
attendu le retour de mon épouse...
Plus tard, dans la soirée du 23/10, je
lui ai expliqué que notre fils était beau, que j'étais fière de ce qu'elle venait
d'endurer pour que, moi aussi, je puisse "sentir" notre enfant... Elle, elle ne
voulait pas le voir...En fait, elle s'était, comme on le fait tous, transposée
dans le temps, et elle ne voulait pas me voir avec un enfant mort dans les bras...
En pleine nuit, le 24/10, vers 02h30, je me suis levé pour aller voir mon
fils, il me manquait... Mais voyant que ma demande paraissait incongrue, j'ai
demandé à ce que l'on me le prépare pour le matin, et c'est ce qui fut fait.
Je
suis donc allé le voir, car à 08h00 il partait à LILLE pour être autospsié. Elles
me l'avaient mis en pyjama, il semblait dormir, là également. Je l'ai pris dans
mes bras, il était froid, il avait passé la nuit dans le frigo de la morgue, sa
joue droite en portait encore les stigmates. Il était beau, et je voulais que
mon épouse lui dise au revoir, car elle n'en aurait plus eu l'occasion par la
suite.
J'ai donc demandé à prendre des photos avec lui, et. je suis allé voir mon épouse, restée dans la chambre, son état physique l'empêchant
de toute façon à se mouvoir...
Elle a osé le regarder, ses yeux se sont brouillés
également, elle m'a déclaré : "C'est vrai qu'il est beau..."
Je voulais qu'elle
le voit, et qu'elle le touche, mais elle ne me répondait pas, ses yeux n'arrivaient
plus à se défaire de cette photographie...
Je suis allé voir les sages-femmes
pour qu'elles me soutiennent, et après l'avoir annoncé, elles se sont présentées
avec notre fils dans son landau... Je l'ai de suite mis à côté de sa mère et nous
nous sommes mis à pleurer... J'ai demandé à ce que des photgraphies soient prises...
Puis, il fallait donner notre fils, il fallait qu'il nous quitte, c'était
le dernière fois que nous le voyions... Ensuite, on vous demande si vous l'abandonnez
au crématorium de l'hôpital...Impossible de l'abandonner notre bébé...
Aujourd'hui, la procédure est lancée, l'automobiliste qui a quitté sa route se
serait endormie au volant... son imprudence a tué notre enfant. Notre vie a basculé
ce 22/10/2006 vers 20h30...
Mon épouse se remet tout doucement de ses blessures...
Elle pleure note fils tous les jours, elle n'a plus de goût pour rien...
En
fait, elle ne commenbce qu'a réaliser... Son fils est sorti au bout de deux jours
et il n'en gardera aucunes séquelles...
Pour ma part j'ai mal aux côtes....
J'ai mal aux tripes aussi...
Cet enfant s'était "accorché" après la quatrième
ponction, et la septième réimplantation, deux ans et demi d'efforts, de souffrance
et d'espérance...
Emilien, le fils que je n'aurai jamais, repose au cimetière
de BERTINCOURT-62-...
Pour toi mon fils que je ne saurai oublier
Papa...
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