Je
suis très émue en lisant les différents témoignages de grossesses difficiles comme
les fausses couches.
D'autant plus émue que ça me ramène à mon expérience
personnelle.
A ce jour, je suis enceinte de 2 mois.
Heureuse, bien
sûr que oui mais surtout angoissée d'un nouvel échec.
Il ya un an à la même
date, j'étais enceinte de 6 mois. J'avais passé une merveilleuse grossesse : pas
de nausées, aucun symptômes dérangeants, pas de fatigue ou très peu.
Mon gynéco
me disait que je vivais une grossesse euphorisante lors de ma dernière écographie
fin décembre.
Les vacances se passent, le travail reprend et je me sens
toujours très bien.
Puis une journée se passe sans que j'ai senti ma petite
fille bouger : pas trop d'inquiétude, ça doit être normal ... deux autres jours
suivent et toujours pas de mouvements : comme c'est une première grossesse, je
me dis que c'est parce-qu'elle est en train de grossir et qu'elle n'a pas trop
de place pour bouger mais je me pose beaucoup de questions.
Moi je me sens
toujours très bien physiquement et si le bébé a un problème, je dois bien évidemment
le ressentir ...
Et puis un matin au travail, je décide d'appeler mon gynéco
pour être rassurée.
Au lieu de ça, il m'envoie d'urgence passer un monitoring
à la maternité. J'appelle mon ami et nous y allons : pas un bruit dans la voiture,
comme si nous savions déjà ...
Une sage femme tente de me faire garder espoir
en me disant qu'elle a cru avoir entendu le coeur mais qu'il est préférable de
passer une écho.
Dans cette pièce où le médecin me dit de m'allonger sans
que j'aie même le temps d'enlever mes chaussures, tout va au ralenti.
Il
pose son appareil sur mon ventre et je regarde instinctivement comme les échos
précédentes où j'avais vu notre petite fille bouger. Le geste est rapide : il
pose son appareil et le retire aussitôt : "arrêt de l'activité cardiaque".
Ces quelques mots que nous ne comprenons pas et qui ont boulevresé notre vie.
Premier regard vers mon ami qui s'appuie contre le mur comme pour éviter de tomber
...
Je me retourne vers le médecin et je lui dis d'un ton sec "Enlevez-le
moi ".
Ce petit être que j'avais tellement désiré et tellement chéri devait
sortir de moi le plus rapidement possible. Elle était morte depuis plusieurs jours
déjà et moi, sa propre mère qui la portait, n'avait rien remarqué ...
Ensuite
une journée bien longue : des explications du médecin comme quoi ils étaient obligés
de provoquer l'accouchement mais pas avant deux jours le temps que les médicaments
fassent effet.
Deux jours à cacher cette douleur en mettant des pulls larges,
en arrêtant de poser mes mains sur ce ventre rond, et surtout en se disant qu'il
na fallait pas craquer pour pouvoir supporter l'accouchement.
Nous rentrons
chez nous : je pense que nous ne réalisions pas vraiment : aucune larme ne coule
sur nos visages.
La froideur ...J'appelle mes parents en leur disant qu'ils
ne s'inquiètent pas ...
Quand j'y repense, j'étais plus préoccupée des sentiements
de mes proches que des miens.
Réaction je pense normale car on ne veut pas
faire de peine aux gens que l'on aime.
Puis commence l'attente : la famille
vient nous voir avec tous des réactions différentes. Nous allons même au restaurant
la veille comme si de rien n'était.
Et dans la nuit, les contractions commencent
: je prends ma douche, m'habille, prépare mes affaires sans trop de réactions.
Nous arrivons à la maternité avec mes parents et je vais dans une chambre.
On m'osculte : ce n'est pas pour maintenant ... Il est 8H du matin. Je rentre
dans la salle d'accouchement vers 9H30 et les contactions se rapprochent.
Je discute avec mon ami et mes parents dans cette chambre si glaciale. Prise de
sang pour savoir si je peux accepter la péridurale.
Et là le travail est
de plus en plus rapide : je souffre et à un moment je crie"pourquoi on me fait
souffrir pour ne rien avoir, je ne méritais pas ça" La peridurale arrive très
tard, l'anesthésiste reproche le fait que je ne l'ai pas eu avant.
Puis tout
se calme : je me sens bien, je m'endormirais presque ...
La sage femme me
laisse en me disant de la prévenir dès que je sentais quelque chose sortir.
Et vers 13 H, je l'appelle : mon ami sort de la pièce : je ne veux pas qu'il assiste
à cet accouchement, il ne mérite pas de subir ça.
Ma mère reste à mes côtés,
je la rassure car je lis dans ces yeux cette angoisse. Et en quelques minutes
seulement c'est terminé. Tout se trouvait encore dans la poche puisque je n'avais
pas perdu les eaux.
Les sages femmes l'emmènent : je ne l'aurais jamais vu.
Tel était notre désir à mon ami et à moi car du jour où j'ai su que c'était une
petite fille, l'image de Flavie était gravée en moi.
Il existe des photos
dans le dossier si jamais ...
Je ne sais pas si je ferais le deuil un jour
puisque je ne sais pas ce que c'est de faire le deuil mais ce dont je suis sûre
c'est qu'aujourd'hui, j'attends mon deuxième enfant et que Flavie reste dans mon
coeur.
Avec mon ami, nous avons faits les démarches nécessaires le lendemain
: déclarer notre enfant à la mairie puisqu'à 6 mois, l'enfant est viable, et nous
nous sommes occupés des obsèques ensemble.
Ce sont des moments très durs qui
nous font voir la réalité en face.
Nous avons eu les résultas de l'autopsie
très tard (8 mois après) : c'était le placenta ... des infarctus à différents
endroits et un hémataume provenant d'après les médecins d'une mauvaise circulation
de mon sang dans le placenta.
Les vaisseaux se bouchaient et créaient ces
infarctus. Le bébé ne pouvait donc plus recevoir d'oxygéne ou nourriture.
Mais Flavie n'avait aucune malformation.
Cette douloureuse expérience a eu
des conséquences énormes sur ma vie, notre couple, ma façon de penser, ma façon
d'être que les autres ne comprenaient pas forcément mais je crois que le plus
dur est passé.
Aujourd'hui, j'appréhende cette grossesse, j'ai des piqûres
dans le ventre tous les jours mais je pense que je le vis bien.
Ce n'est
que le début de la grossesse et je sais qu'il va y avoir des moments de déprime,
de doutes et de peur mais si dans sept mois, je peux tenir mon enfant dans mes
bras, nous serons, avec mon ami qui a lui aussi beaucoup souffert, les parents
les plus heureux du monde.
"FC".
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