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petit J, Comment fais-tu pour grandir avec le rythme de ta maman ? Je me le
demande parfois. Je suis sans arrêt en train de courir dans les couloirs du
collège (ben oui, j'ai souvent envie d'aller aux toilettes.), je fais mille et
une activités en même temps, mais je n'arrive pas à m'arrêter. Alors parfois,
je me demande si toi, tu parviens à te construire au milieu de toute cette agitation.
D'ailleurs parfois mon corps me rappelle à l'ordre, et je suis obligée de
faire une sieste, comme un bébé, pour pouvoir tenir le coup. Si je pensais
avoir pris un peu de ventre jusqu'à présent, ce n'était rien par rapport à cette
semaine. En quelques jours, je me retrouve avec un ventre qui ne permet plus le
déni. Un matin, en plein milieu d'un cours, un de mes élèves interrompt la
séance d'un « vous êtes enceinte, hein, madame ? » Que répondre à cela ? Voilà,
ça va bientôt faire le tour du collège. La date de l'échographie approche
et avec elle mon angoisse augmente. Comme pour Nana, j'ai toujours un peu
peur que l'on m'annonce une mauvaise nouvelle. Je me rassure en me disant que
si mon ventre s'arrondit, c'est forcément que ça évolue bien, non ? Je l'espère
en tout cas. Le temps me paraît désespérément long. Même pas trois mois
que tu es au fond de moi, et j'ai l'impression que ça fait déjà une éternité.
Je me souviens de la hâte que j'éprouvais à la fin de ma 1ère grossesse, et
je me dis que pour toi l'attente sera encore plus insupportable ! Comment
diable vais-je faire ? A mon avis cela vient aussi du fait que je n'arrive
pas à m'investir autant cette fois-ci : rien à découvrir dans les magazines, inutile
de penser aux vêtements, à la préparation à l'accouchement, à l'allaitement et
à tout le reste, comme si tout cela avait déjà été vu. Certes, je suis plus
sereine, mais également déçue de ne pas trouver pour le moment de quoi m'émerveiller.
Seules les attentions de Nana à ton égard me font sourire : elle ne pleure
jamais longtemps « pour ne pas réveiller bébé », elle fait parfois des bisous
sur le ventre, et me parle de toi comme si tu étais déjà là. J'aime imaginer
les années à venir, quand vous jouerez tous les deux. Je te laisse sur cette
douce pensée, A bientôt petit J.
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