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Mon
petit J,
Le temps passe décidément à une allure folle. Dernière semaine
avant la reprise. Même si je suis en forme physiquement, c'est difficile moralement
car Nana appréhende de plus en plus et l'école, et ta venue. Elle ne l'exprime
pas tel quel, mais elle est à fleur de peau, et c'est terrible de passer des journées
entières à supporter ses crises d'angoisse. Un matin, je l'entends dire à
sa sour imaginaire (euh.oui, elle a une sour imaginaire depuis quelques temps)
que si elle a une sour elle sera contente mais que si elle a un frère, elle pleurera.
Cela me fait beaucoup de peine, même si j'imagine bien qu'une fois que tu seras
là, elle sera ravie dans les deux cas. J'ai surtout beaucoup de peine de voir
l'inquiétude que cela crée en elle. Pourtant, je vois bien qu'elle ne fait
pas le lien entre le bébé de chair que tu seras et le petit être que tu es dans
mon ventre. Pour elle, tu es « bébé » et elle t'aime déjà très fort, te parle,
te caresse, veut te choisir un doudou et ton pyjama de naissance. Tu n'es ni garçon,
ni fille. Il n'y a donc pas de raison que tout cet amour s'envole lorsqu'elle
te découvrira enfin. Je regarde un calendrier et réalise soudain que dans
deux mois tu seras là. Je n'ai rien préparé. Rapidement, nous ressortons donc
les cartons avec les habits de bébé de Nana, mais il faudra en racheter. Et
puis arrive enfin la dernière échographie. Nous arrivons par intermittence
à apercevoir un bout de ton visage. Nana ressort de là en montrant à qui veut
la voir cette image de toi. Comme elle est heureuse et fière ! J'ai tellement
de brûlures à présent que je finis par demander au médecin un médicament. J'ai
pourtant essayé avant tous les remèdes de grand-mère, mais rien n'y a fait. Quand
j'avais eu ça pour Nana, on m'avait dit que parmi les vieilles croyances l'une
disait que les brûlures étaient dues aux cheveux du bébé. Si c'est le cas, et
compte tenu de l'intensité de mes brûlures, tu vas sûrement naître avec des dreadlocks
! J'en plaisante, mais c'est vraiment terrible de se réveiller en pleine nuit
à cause de cette douleur qui ronge de l'intérieur. Si tu savais comme j'ai
hâte à présent de te voir ! C'est sans doute pour cela aussi que j'ai de plus
en plus de choses à te raconter. Hâte de te découvrir, de te serrer contre
mon cour, mais aussi de partager à quatre ta venue. A bientôt mon petit cour.
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