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Elle
se lève à l'aube ce matin. Elle a senti.une fois encore, elle sait. Comment ?
elle l'ignore, mais là est toute la magie du corps et de l'instinct. Doucement,
elle le réveille et lui dit qu'aujourd'hui va être un jour magnifique. Ensemble
et avec leur petite Nana, ils font une longue promenade jusqu'au port. C'est un
beau dimanche d'automne. Elle s'était promis de venir une dernière fois contempler
le lac. Elle a besoin de garder en mémoire ces images, ces odeurs, la caresse
du soleil sur sa joue. Elle a besoin d'avoir dans son cour la sérénité de cet
instant. L'après-midi s'étire voluptueusement. Tout le monde dort, mais elle,
elle ne veut pas. Elle doit préparer la maison, le repas de ce soir car elle
ne sera pas là. Elle le sait. Parfois elle me parle tout bas, me caresse tendrement
tandis que je viens me blottir au creux de sa main. Elle est sereine. Il est
déjà 17h30 quand elle ressent enfin les premières contractions. Immédiatement
violentes. Elle sait que bientôt je serai là et s'y prépare sans perdre le
contrôle de la situation malgré la douleur. Ses gestes sont précis. Elle sait
exactement ce qu'elle doit faire et à quel moment. Elle me parle, respire calmement,
garde une main sur son ventre. A partir de ce moment-là, plus jamais le contact
n'est rompu entre elle et moi. 19h30. Il faut y aller. Lui pense que c'est
une blague qu'il a encore un peu de temps devant lui. Il plaisante, sans doute
pour tromper l'angoisse qui l'envahit. Nana panique un peu. Ne t'inquiète
pas petit ange, bientôt tu seras grande sour. Le reste s'enchaîne très vite.
Douleur violente. Elle a terriblement envie de pleurer mais se contient. Elle
a peur de ne pas y arriver. Examen du col : dilatation à 8-9 ; là voilà rassurée.
C'est pour bientôt. En effet, rupture de la poche des eaux sur une contraction
et à la suivante.elle m'extirpe de ses entrailles dans un long cri de douleur.
Rauque et animal. Rien de médical ; retour aux instincts primitifs. Il est
20h12 quand pour la première fois je sens la chaleur de son corps contre le mien.
Elle me presse contre elle et me chuchote à l'oreille des mots tendres. Tout
lui revient en mémoire de ces 9 mois : ses inquiétudes, la fatigue, les moments
de joie, les doux mouvements de mon corps bercé par le sien. Tout. Elle me
sert fort et me guide vers son sein. Elle me regarde et me sourit. Lui reviennent
en mémoire les dernières paroles d'un poème de Kipling, et alors qu'on nous laisse
seuls pour préserver ces instants magiques, elle me murmure tout bas :
(.)Si,
plus qu'un seul être, pour toi compte l'humain, Et si face à ce temps à la
fuite implacable, Tu fais à chaque instant ce dont tu es capable, Permettant
que toujours tes travaux s'accomplissent, Avec tout ce qu'il offre, ce Monde
sera Tien. Et, bien plus encore, tu seras un Homme, mon fils !
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