Bonjour,
Un mot pour vous dire mon désarroi. Mon éc¦urement. J¹ai 25 ans.
Dans dix jours tout au plus, je donnerai la vie à mon premier enfant.
Combien
de fois cet événement marquera-t-il ma vie ? Trois fois, tout au plus ?
Je suis journaliste-pigiste, une de ces « intellos précaires » qu¹ont identifiés
Anne et Marine Rambach dans leur livre éponyme.
Confiante dans mes droits,
fière de mes sept années de cotisations sociales ininterrompues j¹ai commencé
le journalisme à 18 ans, j¹ai longtemps été salariée -, j¹ai déposé un dossier
à la CPAM afin de déterminer mon droit aux indemnités journalières dans le cadre
de mon congé maternité.
Réponse de la CPAM : je n¹ai droit à rien. Je n¹ai
pas gagné assez d¹argent au cours de l¹année précédant ma grossesse. La presse
est un milieu difficile et peu rémunérateur pour ceux qui s¹y engagent en francs-tireurs.
Peu importe que j¹aie cotisé depuis sept ans, largement versé cette somme
qu¹on me refuse aujourd¹hui, peu importe que chaque mois, depuis sept longues
années, une ligne de ma feuille de paie s¹intitule « Maladie, maternité, décès,
veuvage ». Je n¹ai droit à rien. C¹est tout. Je n¹avais qu¹à pas faire d¹enfant.
Tant pis pour moi.
À quoi en suis-je donc réduite, aujourd¹hui ? Sitôt accouchée,
pas tout à fait remise, je devrai repartir au travail, mon nourrisson sous le
bras ? Interviewer des gens, entre deux tétées, assise sur une bouée pour cause
d¹épisiotomie douloureuse ?? Inutile de préciser que je n¹ai pas de place en crèche
(je ne gagne pas suffisamment d¹argent : je suis donc soupçonnée de ne pas « réellement
» travailler et puis de toute façon je travaille de chez moi, alors!) et pas assez
de fonds pour me payer une nounou!
Pas assez riche pour recevoir de l¹aide!
Quelle absurdité ! Je ne suis pas un « parent isolé », je ne suis pas au RMI,
je ne suis pas au chômage. Je travaille dur et j¹essaie de m¹en sortir. C¹est
long, ce n¹est pas facile. Et je n¹ai droit à rien.
Qui a pensé à ma
situation réelle au moment d¹appliquer la loi ? Qui s¹est demandé si mon compagnon
pourrait assumer financièrement ? Qui s¹est demandé s¹il n¹était pas aussi précaire
que moi ?
Quel est ce pays où l¹on se gargarise d¹une natalité féconde mais
où l¹on laisse sans ressources les jeunes femmes qui participent à ce bel effort
!
J¹aimerais vous voir, messieurs les législateurs, au travail à peine
accouchés.
Leonor de Bailliencourt, Paris 3e
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