| La
Naissance d'Elisa, par Sabine. |
Sabine
à 28 ans aujourd'hui et se souvient de la naissance de sa fille comme si c'était
hier. C'était en Janvier 98.
Par un froid début de nuit en région parisienne.
Le 19 exactement à 20h05, Elisa est née... Un accouchement simple, facile, qu'elle
qualifie d'idéal.
C'est à l'occasion d'un groupe de parole entre mamans que
Sabine a raconté son accouchement (elle attend actuellement son deuxième
enfant)..
Nous lui avons demandé si elle était d'accord pour l'inscrire par
écrit pour que nous puissions le mettre sur le site, elle est d'accord et c'est
un petit roman.
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Elisa est née le 19.01.1998 à 20 heures 05. Elle a aujourd'hui 2 ans.
Je me
souviendrai éternellement de ce jour, c'est la plus intense et la plus forte
émotion de ma vie, et la plus grande épreuve physique que j'ai eu à traverser.
Ca a commencé vers 05h30 le matin du 19, une espèce de sensation sourde dans les
reins, un poids qui pèse lourd sur le bassin.
Depuis le 1er Janvier, j'avais
des faux travails. Je sais qu'ils sont faux maintenant, mais sur le moment, j'avais
l'impression à chaque fois que cela recommençait régulièrement que le moment était
arrivé. A vrai dire, elles m'énnervaient ces contractions, régulières, de plus
en plus fréquentes et puis plus rien, jusqu'à la fois suivante...
Au bout
de 10 jours de contractions qui ne servent à rien, je suis allée voir mon obstétricien.
Le col était normal, tout allait bien. A la fin de la consultation, je lui ai
dit que j'en avais assez d'attendre, je lui ai demandé de déclencher l'accouchement.
On a pris rendez-vous pour le 22 janvier à 9 heures. Je m'en souviens et j'en
rigole aujourd'hui, mais sur le moment, j'avais un peu honte de lui avoir demandé
ça.
D'autant que cela n'a servi à rien puisque Elisa est venue le 19.
Mon compagnon est parti travailler ce matin du 19, je ne lui ai rien dit.
Je l'avais tellement envahi avec les faux travails que je ne voulais pas le décevoir
de nouveau. Ca faisait déjà 15 jours que j'accouchais tous les jours, il ne comprennait
pas franchement, et puis de toute façon, il y avait le 22 qui était prévu.
C'est ce jour là que je n'ai rien dit, alors que franchement je sentais là que
c'était différent...
La douleur sourde s'est amplifiée vers 9 heures, et les contractions ont commencé.
Pas de problème, c'était vraiment différent.
Entre 9 heures et 11 heures,
j'étais entre la joie et la panique. Entre: "super, je vais enfin la voir",
et "la vache! ça tire!". Bon, mais on arrive encore à faire des choses.
Je suis allée chez une copine qui habite au dessus de chez moi, c'était la première
fois qu'elle voyait une femme en train d'accoucher" (comme elle le dit maintenant).
Sur le moment, elle me jetait de drôles de regards. Il faut dire que ça devenait
assez intense, et que pour faire passer je tapais du poing sur sa table.
Je redescend vers midi, je commence à tout regrouper et un peu de repassage
pour la semaine solo de mon mari, entre deux contractions parce que pendant je
ne pouvais plus rien faire...
A 12 h30, j'en peux plus, et je l'appelle, on
est à 45 km de Paris, cela ne l'a pas empéché d'être là en 30 minutes, chose rare,
je ne préfère pas penser aux conditions du retour.
Il était super heureux,
super inquièt, et en voyant ma tête, il a aussi vu la différence par rapport aux
autres jours.
On s'est calmés tous les deux, et vers 13 h15, on est partis
pour la clinique.
Ca fait bizarre d'arriver là. Je crois que j'ai dit
à la personne qui est venue ouvrir la porte quelque chose comme: je crois que
je suis en train d'accoucher.
On est directement allé en salle de travail,
vérifications d'usage, et là la sage femme me dit que le col est à peine éffacé.
Le monde me tombe dessus. Depuis 5h30 ce matin: juste l'effacement du col. Il
y en a pour 3 jours!
En même temps que la sage femme m'ausculte, ils sont
allés chercher mon dossier. Ils ont vu que j'avais prévu un déclenchement. Il
y a eu quelques minutes où je me suis sentie un peu mal, pensant être mal jugée.
Ils m'ont finalement gardé.
La sage femme me demande si je supporte la
douleur. A vrai dire je n'en sais rien sur le moment. J'en connaissais des douleurs,
mais pas celle là.
Branchement du monitoring, branchement de la perfusion
pour préparer la péri...
Ca dure longtemps ce passage, et ça devenait de plus
en plus fort.
Mon mari n'a pas franchement bien vécu l'attente. Entre la machine
à café et la cigarette, à chaque fois qu'il revenait j'étais de plus en plus mal.
Vers 3 heures, la sage femme a percé la poche des eaux. J'en ai pleuré, non pas
que cela soit douloureux, mais ça m'a fait un drôle d'effet de sentir cette eau
qui coule.
Après, les contractions sont devenues encore plus intenses. J'ai
commencé à perdre les pédales face à la douleur. J'ai eu l'impression que je leur
faisait peur, surtout à mon mari.
L'anesthésiste est venu vers 16 h30. Il
a fallu qu'il s'y reprenne à 3 fois à cause de moi. La première fois, j'ai eu
peur, j'ai bougé. La seconde, j'ai eu une contraction et j'ai tout envoyé ballader.
Pour la 3e fois la sage femme m'a pris dans ses bras pour me soutenir, ça a marché.
Et là, 3 grandes heures de tranquilité. A nouveau le sourire, cool, pas stréssée,
en train de regarder les contractions sur le monitoring, entendre le cur
d'Elisa qui bat à son rythme éffréné. Royal.
Je voyais la sage femme qui manipulait
la perf, je crois maintenant qu'elle gérait en fait le rythme de mes contractions
pour finir la dilatation et provoquer (quand même) l'expulsion.
Vers
19h, je m'inquiète parce que je sens que la péridurale régresse. Je le dis à la
sage femme qui me dit à son tour que c'est normal. Petit tour sur les tuyaux de
la perf, et elle repart. Quand, elle revient, je sens mes cuisses.
Elle commence
à tout préparer. Et là, je comprends, je vais expulser sans péri. Gros moment
de panique, mais c'est la méthode de la sage femme, et puis de toute façon, je
ne peux plus partir! Et puis de toute façon, je crois que ma fièrté a dit: ok,
je relève le défi.
Ca remonte de plus en plus, et puis à un moment,
je sens que c'est le champ de bataille dans mon ventre, une intensité incroyable,
j'ai eu l'impression de me détacher complètement de la réalité.
Et puis après,
une douleur sourde incroyable, en fait, je suis incapable de la décrire. La seule
chose que je sais, c'est que quand je laissais aller le périnée, ça faisait moins
mal, même si ça tirait énormément.
Je ne me souviens plus quand le lit
est devenu table d'accouchement, je n'ai qu'un vague souvenir du moment où j'ai
mis les pieds dans les étriers. Ce dont je me souviens, c'est du calme de la sage
femme, de mon mari qui était à côté de moi, et surtout de mon envie de pousser.
La sage femme me dit à un moment: on va y aller, quand vous avez envie ,vous poussez!
Elle va se laver les mains. Et moi, j'en pouvais plus, je me souviens avoir pensé
ou dit, je ne sais pas: je commence sans vous!
Grand, énorme moment,
étant du sud, je ne me suis pas empéchée de m'exprimer à grand coup de gestes
et de cris, mais bon dieu, elle avançait ma fille.
C'est super fatiguant,
mais la sage femme: Cathy, m'a guidée, accompagnée ma respiration. Ils m'ont tous
fait comprendre l'urgence de l'effort, même mon mari qui me disait: allez pousse
ma chérie! Je crois que je l'aurai frappé si il avait été plus proche de moi (
lui il voyait la tête sortir, bien que resté de côté).
Cathy m'a montré Elisa
dans un miroir, c'est vrai que ça m'a donné la pèche de voir la petite touffe
de cheveux noirs!
Je n'ai aucune idée du temps que ça a pris, entre pousser,
s'arrêter, se concentrer, respirer, enfin surtout reprendre son souffle. Je crois
que j'ai demandé à une auxiliaire de pousser sur mon ventre, et j'endentais: allez
Madame, allez chéri, la finale de la coupe du monde avant l'heure!
A un moment,
Cathy m'a demandé d'arrêter de pousser...
Pendant la préparation à l'accouchement,
la surveillante nous avait dit que si on endendait: "arrêtez de pousser",cela
signifiait qu'on pourrait prendre nous même notre bébé dans les bras.
Tout
ne reste pas des cours d'accouchement: mais ça, ça reste.
J'arrête de tout
faire: pousser, respirer et bouger. J'attends. Mais, je veux déjà la prendre.
La sage femme me dit de patienter...
Au bout d'un temps, très long et très
court à la fois, elle me dit: allez-y prenez la!
Le souvenir que j'ai
n'est pas en images, il est en sensations. La sensation de me relever, de tendre
les mains, de prendre ma fille, et de l'amener dans mon cou.
Une follie, un
souvenir à exploser de bonheur, de complétude, de je ne sais quoi de beau. Ma
fille dans le cou, je n'endend rien, sauf, un petit soupir d'elle. Petit soupir.
Cette sensation, je l'avais eu quand elle était dans mon ventre, et je ne savais
pas ce qu'elle faisait quand je ressentais ça. Là je l'ai su et j'étais bouleversée.
Elle était là même dehors. Pareille en moi, et pareille dehors, il ne m'a rien
fallu de plus pour l'aimer.
Voilà mon accouchement, long, mais idéal
pour moi. Le fait de ne pas avoir eu la péri pour l'éxpulsion m'a permis de savoir
ce qui se passait. Le fait d'avoir eu la péri avant m'a permis de me reposer avant
le grand saut final. J'éspère pouvoir avoir le même type d'accouchement pour mon
petit second qui arrive en Juin!"